lundi 9 février 2009

La Paz en ebullition

Apres une derniere soiree bien arosee, avec beaucoup de rigolades, nous devons malheureusement quitter nos amis Australiens car ils partent pour Sucre, la capitale officielle de la Bolivie, et nous pour La Paz, le siege du gouvernement.



Nous arrivons tres tot le matin car nous avons pris le bus de nuit. Quelques heures de sommeil apres, nous sommes reveilles par des coups de feu. Pas un, pas deux, mais toutes les 10 secondes! On dirait une guerre des gangs! Curieux, nous decidons de nous renseigner aupres de l'acceuil sur ce qu'il ce passe dehors.... Il s'avere que ce sont des petards...Et dehors, c'est la grosse manifestation....En effet, nous arrivons a La Paz une semaine avant le grand vote pour la nouvelle constitution d'Evo Morales, le president.
Evo, personnage charismatique, d'origine indienne, est tres populaire avec les plus pauvres pour ces nombreuses reformes et actions, dont l'installation de panneaux solaires a la campagne, la valorisation du patrimoine naturel et culturel du pays et la nationalisation de beaucoup d'industries pour proteger le pays des multinationales Americaines et Chiliennes.
La manifestation que l'on entend dehors est en effet en soutien pour la constitution. Pendant notre journee, on tente alors de se renseigner au mieux possible sur cet evenement. La television est allumee dans divers restaurants. Il est clair que les medias sont ultra sponsorises - pas de debats equilibres. Les pubs pour le oui montrent de beaux jeunes, des indigenes en tenues traditionnelles qui sautent de joie, se tiennent la main, se reunissent . La pub pour le non, c'est un grand coup de marteau sur la constitution, du sang qui gicle partout avec le message ¨si vous votez oui, vous votez contre jesus.¨ Bref, la nouvelle constitution cautionne l'avortement et les relations entre homosexuels ce qui ne plait pas aux ultra religieux.

Les surporters du non, accusent aussi Morales d'être le protege de Hugo Chavez. Il est vrai que sur plusieures decisions, comme celle de renvoyer l'ambassadeur d'Israel, Evo a plutot tendance a s'aligner. Le vote du Dimanche 25 Janvier vise aussi a limiter la superficie des proprietes prives a 5000 hectares: les proprietaires qui en ont plus devront donc ceder le reste. Biensur, cette partie de la population trouve la decision injuste. Enfin, il y a la moyenne classe qui se sent un peu delaissee par le president, qui centralise surtout ses actions autour des plus demunis, mais dont certains soutiennent tout de meme la constitution.

Les informations sont plutot en faveur de la constitution... on montre d'abord la journee de solidarite avec la Bolivie,¨ a Paris, et quelques personnages connus (stars et politiciens Boliviens) qui apportent leur soutien. Sinon, rien de tres precis sur les details du document. Ensuite, en quelques images, une bande d'ennerves avec des pancartes pour le ¨non¨ en train de semer la pagaille dans la rue...
On decide de se rendre a la place ou se passe toute l'action... C'est autour de la La Plaza Murillo que se trouve le Palais Presidentiel: des voitures blindees...

Il ne reste qu'un manifestant devant le Parlement. Il est ¨manifestement¨ pour le oui, mais les forces de l'ordre l'encouragent tout de meme a aller ailleurs.... la de nombreuses reactions de spectacteurs qui protestent ¨il utilise simplement son droit de parole! Laissez le tranquille!¨ En tout cas, l'homme en question recoit quelques applaudissements pour sa bravoure devant les autorites.



C'est ici que nous faisont la rencontre d'un journaliste Francais, Christian, qui habite La Paz depuis 15 ans, marie avec une journaliste Bolivienne. On passe l'apres midi avec lui a parler du pays. Il en a vu des choses! Il nous montrent les trous dans les murs sur un cote de la place: il etait la, en 2003 lors des affrontements entre policiers et l'armee sur la Plaza Murillo.... les trous viennent de l'armee, qui utilisait une artillerie bien plus puissante que celle des policiers. Christian nous raconte les faits divers qu'il rencontre dans son travail, et sa perspective interne du pays. Dans certaines bourgades, la justice communautaire contre les voleurs et intrus, prend parfois forme de linchages. Les differents crimes contre les touristes qui ont lieu dans la capitale. Les sympathies pro-nazis a l'interieur du pays.Les relations tendues avec le Chile (beaucoup de Boliviens n'aiment pas les Chiliens- c'est d'ailleurs la source des conflits de 2003.) De la relation entre Chavez et Morales, Christian nous raconte que le president de la Bolivie est poings et mains lies car il depend du Venezuela pour l'extraction du petrole en Bolivie. Christian se mefit de la nouvelle constitution - pour lui, beaucoup trop vague, et promettant des choses qui ne sont pas gratuites (en gros, les Boliviens vont payer pour leurs droits). Sur la question d'un Etat plurinational, prevu par la constitution, il y voit l'occasion pour Chavez d'etendre sont pouvoir et son influence sur tout le continent. En ce qui le concerne, plus le gouvernement arrive a faire accepter de textes au peuple (et donc gagne le droit de les renforcer,) plus le peuple perd en liberte. On reste quelques heures sur la place a discuter, le temps de voir le ministre de l'interieur repondre a quelques questions devant le Palais Presidentiel et le changement des drapeaux...

Ensuite, Christian nous fait un peu visiter la ville. On rigole pas mal quand il nous parle des touristes qu'il voit se vetir de la tete au pied en boliviens ¨on dirait des gamins qui s'habillent en cowboys!¨ dit il ...

Sur l'avenue 14 de Julio, il y a un enorme Evo gonfle avec un grand sourire de playmobile. Christian nous montre une photo qu'il a pri ce matin. Un femme blonde habillee en ange qui danse devant l'enorme Evo en promotion du oui. C'est troublant: elle porte au cou une croix de david avec une croix game a l'interieur.


Au croisement de feux, nous apercevons un homme deguise en zebre en train de faire traverser des gens.... Il semble que ce soit la nouvelle tactique de la municipalite pour assurer la securite des pietons aux croisements... le zebre se prend vraiment au jeu et fait de grands mouvements et incite les pietons a l'ecouter.... apparement ca marche, car personne ne peut s'enerver contre un gros nounours joyeux. Il y a aussi une mule(que nous n'avons pas vu,) qui vient rappeller aux passants peu attentifs de la securite que ce sont des tetes de mules. Petite touche assez rigolote de La Paz.


Christian nous quitte pour retrouver sa famille, mais pas avant de nous prevenir sur tous les dangers de la Paz: des civiles qui s'habillent en policiers pour arreter les touristes, les embarquer en taxi et les depouiller, les sketches ou l'on de renverse un Coca Cola sur l'epaule de la cible et un complice l'aide a nettoyer le bazar en se servant dans les poches, les taxis ou minibus qui volent les bagages ou amenent les touristes dans une embuscade. Bref, pas rassurant, mais au moins, on connait les dangers.

Et bien heureusement, notre sejour a La Paz se passe a merveille. La ville est pleine de vie, avec un marche qui s'etend sur plusieurs rues: d'ailleurs, tres bien organise.... il y a la rue des videos (pirates pour la plupart) et de la musique, une autre rue propose toute une variete de quincaillerie, la rue des produits de beaute, celles des fruits et legumes, et enfin les creations artisanales... colliers, pulls en alpaca... Geraldine craque sur des boucles d'oreilles et un joli poncho... Nico, lui, est attire par autre chose... L'Agence Explorama affiche de magnifiques photos d'escalade sur glaces et des montagnes autour de La Paz... de quoi rendre n'importe quel grimpeur dingue d'envie! Huayna Potosi, un sommet de 6088m nous tend deja les bras....

Potosi la belle et son enfer des Mines

Apres une route de nuit tres chahutee, nous arrivons finalement a Potosi, la ville de 100 000 hab la plus haute du monde, c'est a dire a 4100m. La ville fait partie du patrimoine naturel et culturel de l'humanite.




Nous arretons a l'Hostal Copacabana, confort un peu sommaire, mais assez central et pas cher du tout.


Potosi est l'une des plus belles villes que nous avons pu visiter depuis le debut de notre tour de l'Amerique du Sud. Le centre nous devoile toute son architecture baroque. La Casa de la Moneda, l'ancienne fabrique de monnaie expose encore toutes les machines utilisees pour creer les pieces, mais aussi des vestiges archeologiques, 300 mineraux de la region, de magnifiques peintures religieuses, et des oeuvres en argent. Un musee impressionant, mais attention: on a que 5 minutes pour visiter chaque piece, et la qualite de la visite depend vraiment du guide!



les differentes eglises,


la cathedrale,


on aime se ballader dans les ruelles pentues du centre.



La ville grouille de vie, le marche est bonde de monde tout comme les ruelles commercantes ou on trouve de tout. Les gamins dans les minibus qui hurlent aux passants les destinations, les vendeurs(ses) de bijoux, de bracelets, de poulets a la broche, de feuilles de cocas, de cigarettes...




La plaza 10 de Noviembre est vraiment agreable, bordee de batiments coloniaux et la cathedrale. Les habitants viennent s'y poser en famille. Il y a des vendeurs de glaces, on donne a manger aux oiseaux. On y converse, on se rencontre.





Il est possible de monter en haut du theatre, et de grimper sur le toit pour profiter d'une magnifique vue sur l'ensemble de la ville, ca vaut vraiment le coup d'oeil car elle s'etend sur des kilometres.



Les mineurs des quartiers populaires vivent plus haut, au pied du Cerro Rico, qui domine la ville.



La ville a connu sa grande periode faste avec ses puissantes mines d'argent qui ont largement ete exploite par les espagnols pendant des siecles. Plus de 6 millions de mineurs d'indiens Quechuas, Aymaras sont morts pendant cette periode de travail force, dans des conditions epouvantables (epuisement, effondrement des galeries, intoxication au mercure). Les mines de Potosi ont enrichi l'Espagne et elles ont contribue au developpement du capitalisme en Europe. C'est une page historique importante dans l'histoire de la Bolivie, et Potosi un point central, qui deviendra aussi un lieu de nombreuses manifestations, source de reforme pour la Bolivie.

Aujourd'hui, la reserve d'argent de la mine est presque completement epuisee. Les mineurs exploitent donc l'etain, le bronze et un peu d'argent. Nombreuses agences permettent maintenant aux touristes de penetrer les mines pour voir le monde souterrain des mineurs.

Au depart, cette idee ne nous enchantait pas: rentrer dans les mines pour regarder des hommes travailler dans des conditions deplorable nous parassait un peu voyeuriste et deplace.

Bien au contraire, nous avons trouve une agence tres serieure "GreenGo," geree par un ancien mineur, "Julio," qui reverse un pourcentage de chaque entree a une cooperative. Julio nous explique le fonctionnent de la cooperative de La Negra, la mine que nous allons visiter. Les tresors de la mines vont tous a la cooperative qui les revend et assure une redistribution equitable de l'argent apres vente des mineraux. Elle sert aussi d'assurance pour les accidents, et maladies et prevoit des retraites pour les mineurs. Les mineurs elisent un nouveau president tous les deux ans.

En revanche, comme les equipes de mineurs travaillent pour leur propre compte, chacun doit acheter son propre materiel pour sa recherche. Julio nous permet donc de leur acheter des feuilles de cocas, des cigarettes, des boissons gazeuses et surtout de la dynamite. On peut en acheter comme si on rentrait dans un bureau de tabac "Hola 2 batons de dynamites, un grand coca et des Cigarettes, Gracias !"




Attention: Manger de la dynamite est dangereux pour la sante!

Avant de descendre dans les mines, nous nous equipons avec un casque, des bottes, une tenue impermeable (empeche les salisures), et des lampes frontales. Julio est tres direct et tres autoritaire avec le groupe (parfois tres vulgaire quand il n'est pas content), car il est responsable de notre securite, et il y a deja eu des morts lors de visites avec des agences peu serieuses qui pretent peu attention au groupe.


Julio nous rappele que les mineurs ne sont pas la pour les touristes et qu'il faut a tout pris eviter de les deranger dans leur travail.

La mina Negra est uniquement visite par lui, il connait tout le monde ici. Nous cotoyons desormais le monde de Germinal, un monde d'hommes endurci au travail dont la duree de vie depasse difficilement les 50 ans. Nous entrons dans un petit tunnel solidifie par quelques poutrelles, on se baisse pour ne pas se cogner la tete et nous avançons a bonne allure dans les diffrentes galeries. " Suivez moi!" nous hurle Julio- et on se depeche, car il y a des wagons sans freins dans ses tunnels et Julio sait exactement quand et ou il faut se deplacer.




Nous rencontrons differents mineurs, en train de creuser des trous dans des veines de minerais pour y plonger de la dynamite, d'extraire de l'eau, de remonter des wagons ou des brouettes, de tailler la roche pour en ressortir un precieux metal. Nous leurs offrons de la dynamite, des feuilles de cocas (c'est ce qu'ils veulent le plus). Cet echange nous permet aussi de discuter avec les mineurs, qui ont, eux memes, pleins de questions sur nos pays, nos familles et notre profession.


Apres coordination avec l'equipe en place, Julio decide de nous emmener a 80m plus bas. Ici pas d'ascenceurs mais des echelles en bois sur 15 metres, des poutres a traverser au dessus d'un trou ( mais sous l'oeil vigilant de Julio, qui ne rigole pas).



Julio nous explique que les mineurs ne sont pas la pour reprendre le travail de leurs peres, mais surtout parce qu'ils n'ont pas le choix, car a cette altitude il n'y a pas d'agriculture. De plus ils doivent faire vivre la famille. Les jeunes ont souvent des enfants trop tot, avant meme d'avoir fini leurs etudes, et doivent ensuite assurer la survie de la famille avec le travail de mines.

Les mineurs considerent cette endroit comme l'enfer, car "qui vit sous terre ou il faut se faire mal pour extraire de l'argent!?"..."Le tio", le diable en personne. Les mineurs venerent le diable et lui font des offrandes de feuilles coca, l'alcool et les cigarettes, pour qu'ils puissent extraire. Sous terre, les mineurs vivent a son image... pas de place pour les faibles ici.




L'an passe, 36 mineurs sont morts dans ces memes mines: d'explosions un peu tardives de dynamite qui sautent lorsque les mineurs redescendent dans la galerie ou ils les ont implantes. Lorsque nous remontons dans les galeries superieures, nous pouvons ecouter la detonation et ressentir la vibration du sol suite aux explosions des dynamites.

Apres plus de 2 heures a marcher dans les galeries, nous retrouvons l'air respirable. Ici c'est surtout la poussiere qui tue les mineurs petit a petit.


La visite est une experience marquante et tres riche qui nous permet d'en apprendre davantage sur ces hommes de famille qui se tuent au travail.



Claustrophobes s'abstenir, car certaines galleries sont etroites et on descend profond.


Nous restons quelques jours a Potosi pour profiter de la vie de la ville et de nos derniers jours avec Ben et Louisa, car c'est ici que nos chemins se separent, nous remontons a la capitale...La Paz